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Aix : une rupture du jeûne qui rassemble

aix provenceDes enfants qui détalent entre les tables criant des phrases qui commencent en arabe et se terminent en français. Qui se cachent sous les nappes blanches, pendant que les adultes débattent sur le goût du lait fermenté et se passent les plats de dattes. Des convives placés au hasard autour de grandes tablées illuminées à la bougie…

Point de vin. Normal, c’est le collectif des musulmans d’Aix qui invite pour cette rupture du jeûne du Ramadan. Une soirée pas comme les autres, puisqu’oecuménique.

Mardi soir, à la Buissonne, catholiques et protestants discutaient de la qualité des écoles du coin pendant qu’un père de famille musulman servait de la tarte aux pommes à un rabbin. Ni télévision et ni radio, en revanche, pour ne pas polluer le repas d’une actualité beaucoup plus cinglante : la reprise du conflit israélo-palestinien.

En regardant les joyeuses tablées, Kamel Saïdi, président de l’Association d’études et de recherches islamiques (AERI) n’était pas peu fier . Pour cette troisième édition de repas de rupture de jeûne, on comptait plusieurs centaines de personnes. Et le rabbin installé à côté de lui d’acquiescer en silence. Originaire de Boulogne, ce jeune chef spirituel était de passage en Provence et a donc été naturellement convié au repas.

De l’autre côté de la table, Bernard Agai, président de la Communauté israélite d’Aix, expliquait : « Ce n’est pas qu’un repas, c’est tout une construction d’entente et de collaboration. Dans les temps actuels, il faut multiplier ce genre d’initiatives. Ce n’est surtout pas le moment de rester dans son coin. »

Mais ce soir, pas question de mêler le culte au politique. « On veut se concentrer sur les sujets qui nous rassemblent », expliquait Kamel Saïdi. Et de glisser, à voix basse, avoir passé l’après-midi à arpenter la ville pour trouver un magasin casher pour ses convives juifs.

Son fils, Yassine, a passé, lui, sa soirée à discuter avec Phillipe, un jeune catholique de 16 ans, qu’il connaît depuis la maternelle. « Ce genre d’événement, ça permet de réaliser qu’en vérité, on est plus proches qu’on ne le pense,assurait Yassine.Je pense qu’on invente nos différences« .

Et quand le rabbin, assis entre ses acolytes musulman et catholique, ouvrait la conférence sur le thème du don, des lumières de smartphones éclairaient les tables, pour filmer l’événement. Chafia, 25 ans, cherchait désespérément un téléphone portable à emprunter pour immortaliser le moment. Elle était à la manifestation pro-palestinienne de samedi, et ce soir, elle est touchée par la symbolique de l’événement. « J’ai laissé mon téléphone à la maison, mais je veux absolument prendre une photo des trois assis à côté, pour la faire circuler sur Facebook et Twitter. »

Le don et la générosité ? « C’est d’autant plus paradoxal qu’il y en a qui se battent pour la propriété… de terres« , déplorait Mounir Ait Mehdi, ce père de famille venu avec ses parents et ses trois enfants, « pour faire comprendre à mes enfants qu’il existe autre chose que nous. » Pas loin de lui, une femme voilée venait poser un tapis de prière sur les épaules d’une jeune fille, grelottant dans la fraîcheur de la nuit, trop coquette pour emporter une veste. Paradoxalement, le mot de la fin est revenu à un agnostique.

Un militant du Front de gauche, une soixantaine d’années et le verbe facile, a été le premier à briser le tabou de la soirée sur le conflit israélo-palestinien en lançant aux invités : « Nous ne sommes pas toujours d’accord sur l’existence de Dieu, mais ce qui est émouvant, c’est qu’on est tous d’accord pour dire que chaque vie se vaut. » Il a été applaudi presque plus fort que les autres.

Sofia Fischer

source: http://www.laprovence.com/

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