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Hulo Guillabert, maman des talibés

Elle n’a pas eu d’enfant mais ne s’en plaint jamais. Elle se considère comme la maman de tous les enfants en situation difficile. Surtout ceux qui sont contraints de mendier tous les jours dans les rues de Dakar. Elle a même créé un collectif appelé «Doyna ! Stop à la mendicité des enfants», pour dire non à ce phénomène.
Elle court tous les jours ou presque. Lutter contre la mendicité forcée des enfants est devenu son quotidien. Hulo Guil­labert est venue ce vendredi 5 février à sa salle de délibération de la mairie de Dakar pour signer une pétition lancée par la Plateforme pour la protection et la promotion des droits humains (Ppdh) pour le retrait des enfants de la rue et l’application de la loi contre la mendicité forcée. D’un pas décidé, un look audacieux avec ses dreadlocks, la quinquagénaire, de par sa signature, dit «oui» pour une meilleure protection de ces êtres vulnérables. Cette activiste panafricaine est certes contente pour cette initiative, mais elle ne s’emballe pas trop. Elle considère cet acte comme une énième étape d’un combat qui ne finit jamais.
Harassée de ne point récolter les fruits de ses multiples combats, elle laisse exploser sa colère. «C’est sûr, on va rassembler 5 000 signatures. Et après ? Quelle sera la prochaine étape. On va recommencer ? Je suis fatiguée de toujours recommencer. Fatiguée de lutter. Mais pourquoi l’Etat peine-t-il à faire respecter ses engagements ? Pourquoi est-ce que c’est si compliqué pour un gouvernement de faire appliquer une loi votée et promulguée ? Pourquoi il est si difficile de démanteler les faux daaras qui peuplent la Capitale et d’arrêter les faux maîtres coraniques qui prennent en otage des enfants dans des maisons insalubres ?», hurle-t-elle.

«30 000 enfants en errance dans la Capitale, ce n’est pas acceptable»
Mme Guillabert, flanquée d’un tee-shirt blanc rouge sur lequel on peut lire : «Doyna ! Stop à la mendicité des enfants», est la présidente du collectif qui porte le nom de ce slogan. Une injonction à l’Etat. Ce gouvernement qu’elle désigne comme étant le principal responsable du phénomène de la mendicité des enfants. Elle a choisi deux dates symboliques pour dénoncer les autorités en charge de cette question : Le 16 juin, Journée de l’enfant africain et le 20 novembre, Journée internationale des droits des enfants. «J’accuse le gouvernement de non-assistance à enfant en danger. J’accuse aussi la société sénégalaise d’indifférence», vocifère-t-elle.
Pour elle, laisser plus  30 mille enfants en errance dans les rues de Dakar, c’est inacceptable. «Comment en est-on arrivé là ?», s’interroge-t-elle. La dame ne comprend pas cette société qui clame son attachement aux valeurs de solidarité et qui reste indifférente au sort des enfants. Pourtant, indique-t-elle, l’Etat dispose de moyens suffisants pour faire appliquer la loi. Récemment, raconte-telle, des membres de leur collectif ont dit avoir vu un pick-up venir tous les jours déposer très tôt le matin à Colobane, des talibés qu’il vient récupérer à 22 heures avec l’argent que ces derniers ont collecté. «Est-ce que ça c’est normal dans un Etat sérieux», s’interroge-t-elle furieuse.
Et les parents dans tout cela ? Pour elle, les parents sont aussi responsables que l’Etat. D’ail­leurs, ils doivent être con­damnés pour maltraitance. Elle explique : «Si je bats mon enfant à mort, je vais aller en prison. Aussi, si j’envoie mon enfant dans un endroit où il est laissé à lui-même, où il n’étudie pas, ne se soigne pas quand il est malade… Mais ce parent là il doit être condamné pour maltraitance. Parce que ça c’est de la maltraitance. La justice, qu’est-ce qu’elle fait ? Rien. C’est pourquoi j’engage la responsabilité de l’Etat. Il a la force publique. Quand il veut il peut. Récemment, il a envoyé toute la police à la Place de l’Indépen­dance pour empêcher le maire de Dakar Khalifa Sall d’accéder à ce site. En réalité, la cause des enfants ne les (les autorités) préoccupe pas. Ils sont dans leur politique politicienne. Vous savez bien que les enfants ne votent pas.»
La lutte pour le retrait des enfants de la rue est-elle donc une chimère devant une société indifférente à leur cause, des parents démissionnaires. Un Etat-spectateur ? Pour autant, Mme Guillabert n’est pas découragée. «Je suis certes fatiguée mais je ne baisse pas les bras», promet-elle. En plus, elle ne fait pas que dénoncer. Elle donne des solutions en sensibilisant et en proposant aux Sénégalais d’arrêter de donner des pièces aux talibés. «Ce sont ces pièces qui les brûlent, car elles les maintiennent dans la rue où ils sont livrés à toutes sortes de dangers», soutient-elle. «Notre société a des croyances, note-t-elle, celles des donner de l’aumône en nature ou en argent.» Mais, indique-t-elle, «on peut organiser cette aumône sous forme de solidarité nationale. Que la population fasse des efforts et emmène cette aumône à l’intérieur des vrais daaras de sorte que l’enfant ne sera plus amener à sortir pour chercher sa pitance dans la rue. L’Etat doit aussi identifier les vrais daaras et leur venir en aide comme il le fait avec l’enseignement formel», souligne-t-elle.

«Pourquoi pas une grève générale pour retirer les enfants de la rue ?»
Hulo Guillabert n’a pas eu la chance d’avoir un enfant. Mais elle est très maternelle. D’ailleurs, elle se considère comme la maman de tous les enfants en errance au Sénégal. Elle ressent toujours de l’amertume quand elle fait un tour dans les différentes artères de Dakar. «Voir ses gamins tôt le matin, les pieds nus et en haillons me brise le cœur», confesse-t-elle. Et cela depuis le temps qu’elle vivait à l’ile de la Réunion. Ne pouvant rien faire pour eux à cette époque, elle envoyait de l’argent, des habits pour «améliorer» plus ou moins le quotidien de ces mômes.
Non satisfaite de cette action, le défenseur de la cause des enfants de la rue réfléchit pour, dit-elle, engager la bataille contre le destin imposé aux enfants. On était en 2013, elle commence d’abord la lutte sur les réseaux sociaux. Elle crée une page Facebook avec des amis intéressés par la cause. Par ses démarches, elle découvre l’existence d’une loi contre la mendicité forcée des enfants qui la dope. L’ex-habitante de la Réunion se dit convaincue qu’avec d’autres associations, elles peuvent faire bouger les lignes. Elle se lance alors et crée le Collectif «Doyna ! Stop à la mendicité des enfants». Depuis, elle ne rate jamais l’occasion de rappeler à l’Etat ses engagements contenus dans les conventions internationales, africaines mais aussi ceux consacrés par la Charte fondamentale.
Pour cette activiste, le combat continue. Maintenant, elle veut mettre l’accent sur la sensibilisation. Car après des années de lutte, elle se rend compte que la population n’est pas assez mobilisée pour cette cause. «Je trouve ça dommage, car les enfants ne méritent pas cette indifférence. Je suis sûre que si on s’était levés comme un seul homme, le gouvernement allait réagir. Quitte même à organiser une grève de la faim. Pourquoi pas ?», dit-elle… Rêveuse.

Source: Lequotidien.sn

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