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Je m’appelle Hana, mes parents sont musulmans et nous ne sommes pas ce que vous croyez

Hana* a une vingtaine d’années. Son père et sa mère sont d’origines berbères aussi bien marocaines qu’andalouses. Regardant son histoire familiale à l’aune de l’actualité, elle revient notamment sur le jour où sa mère a choisi de porter le voile et sur son propre rapport à la religion. Témoignage.

Une femme voilée à Sarcelles en 2016. (JOEL SAGET / AFP)

Avant tout, c’est la tristesse qui me pousse à écrire aujourd’hui. La tristesse et la nostalgie. La tristesse parce que je trouve intolérable que la polémique récente autour du burkini suscite autant de haine entre personnes d’une même espèce. Nostalgie parce qu’il y a encore quelques temps, rien de tout ça n’aurait eu lieu.

 

Je m’appelle Hana, je ne suis pas celle que vous croyez

Je suis une jeune femme de presque 20 ans, née en France, de parents Français. J’ai grandi dans une petite ville du Sud-Ouest de la France dans laquelle j’ai suivi un enseignement privé catholique, tout comme mes deux grandes sœurs et mon petit frère. J’habitais une maison dans le centre historique que mes parents avaient rénovée à ma naissance, loin de la cité HLM face au collège public, en sortie de ville. Jusqu’à ce qu’ils décident de vendre et de construire leur propre maison, d’avoir leur verger tant rêvé et leur potager.

J’ai eu une vie aisée, mes deux parents travaillaient, ma fratrie et moi étions inscrits à une ribambelle de sports et d’activités extrascolaires. Nous allions avec ma mère faire du shopping tous les samedis, avec mon père à nos compétitions et matchs et avions de l’argent de poche pour aller boire un café ou manger dehors avec nos amis.

J’imagine que vous avez un portrait tout fait de la personne que je suis dans votre tête. Et j’imagine aussi que les prochaines lignes vont le casser.

Je m’appelle Hana*, je suis une Française d’origine judéo-berbère et andalouse. Mes deux parents sont musulmans, une de mes deux grandes sœurs pratique et nous portons tous les quatre des prénoms araméens. Plus sémites que nous ? C’est dur de trouver.

Les racines berbères de mon père

Mon père est né dans une tente berbère en 1971, quelque part entre les montagnes du Moyen-Atlas marocain, dans un village et entouré du troupeau de moutons de ses parents. Il est issu d’une tribu Zayan Amazigh au fonctionnement matriarcal. Autant vous dire que le premier féministe que j’ai rencontré dans ma vie, ce fut lui.

Le lieu où il a grandi lui a appris la tolérance. Il était entouré de personnes de confessions différentes (musulmanes, juives ou animistes) et il s’en moquait. Ce qui primait, c’était leur identité berbère, leur appartenance à une même ethnie. Il est arrivé en France durant l’adolescence et s’est donné à fond pour réussir et apprendre correctement à l’école.

Mon père est ce qu’on appelle un « féru de savoir », il n’en a jamais assez. Sa chaîne préférée ? Arte. Son bouquin préféré ? La République, Platon. Son chanteur préféré ? S’il bouge ses épaules et frappe le bendir au rythme des poètes berbères, il se défend bien sur du Michael Jackson. Il a décidé de pratiquer l’islam quelque part entre ses 19 et 20 ans, prise de conscience subite ou mûre réflexion après maintes lectures, il ne sait pas trop. Ce qu’il sait en revanche, c’est qu’il est bien de cette manière et que c’est ce qui lui plaît. J’ai rarement vu aussi assidu que lui, il met un point d’honneur à aller à la mosquée le vendredi, ne rate jamais une prière, s’acquitte de son aumône, jeûne plus qu’il ne l’est préconisé et surtout est aimant, tolérant et paisible.

Ma maman, c’est mon idée de la femme accomplie

Ma mère, elle, est née en France, non loin de la ville dans laquelle j’ai grandi. Elle est la deuxième d’une fratrie de sept enfants, tenus d’une main de fer par mon abuelita. Cette reine de ma vie est d’origine berbère rifaine (nord du Maroc, anciennes terres espagnoles) et Andalouse. Elle a été dans le même groupe scolaire catholique dans lequel ma fratrie et moi avons été et a passé son bac avec brio. Son rêve ? Devenir kiné !

Casse-cou insatiable et véritable sac à sommeil, elle s’occupait de ses frères et sœurs, allait à l’école, voyait ses amis, bref tout ce qu’une jeune fille fait dans un pays libre. C’est le symbole de la liberté féminine, de mon idée de la femme accomplie. Tout allait bien jusqu’à ce que ce garçon venu d’outre-mer arrive dans la ville de son enfance. Ils décident de se marier quelques années plus tard, elle a 19 ans, il en a 21.

Ma mère n’a jamais été pratiquante de quoique ce soit et mon père a toujours respecté son choix. Elle le regardait prier pendant qu’elle lisait. Sa conversion à l’islam remonte à la naissance de mon petit frère, 8 ans après leur mariage. Ma mère n’était plus censée enfanter et avait entendu une amie se plaindre de son troisième garçon d’affilée, alors qu’elle aurait voulu en avoir un. Ironique, elle qui avait eu trois filles.

Le jour où ma mère s’est mise à prier

Quelques mois plus tard, en vacances au Maroc sur les terres de mon père, elle va voir le médecin. Elle a des douleurs abdominales et vomit. Le diagnostic sur place ? Un kyste. Ils proposent de le retirer, ce qu’elle refuse. Elle préférera attendre son retour en France et prendra rendez-vous avec un ami de mon abuelo, qui tient un centre de radiologie.

Ce jour là, ma mère apprend que non seulement ce n’est pas un kyste mais un bébé et qu’il s’agit d’un garçon. Elle se rappelle…

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