(PARTIE 3) Noël, un vrai faux anniversaire du vrai Messie Juifs, musulmans et chrétiens face à Jésus-Christ (Paix sur lui) par Imam Kanté


Noël, un vrai faux anniversaire du vrai Messie
Juifs, musulmans et chrétiens face à Jésus-Christ (Paix sur lui)

(PARTIE 3)

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Ahmadou M. Kanté
Imam, écrivain et conférencier
 amakante@gmail.com

 Enjeu théologique de la filiation de Jésus  

Il est question de donner plus d’arguments sur la thèse que nous défendons relativement à la lignée de Jésus. A ce sujet, il est important de noter que les tentatives de conciliation de la part des auteurs chrétiens voire des pères de l’église romaine entre les généalogies différentes et passant par Joseph mentionnées dans les évangiles valent ce qu’elles valent. Une impasse d’ordre généalogique est que Luc et Matthieu ont des listes qui diffèrent de façon significative pour ce qui concerne les noms des descendants de David à Joseph. L’idée dans ces dites tentatives est de soutenir que Jésus est de la maison de David aux fins d’être en phase avec les prophéties de la Bible hébraïque sur le « profil » du Messie attendu. Une conciliation voudrait que Jésus soit dépositaire et de la fonction sacerdotale de la tribu de Lévi par la lignée d’Aaron et de la fonction royale de la tribu de Juda par la lignée de David. C’est là, la croyance minoritaire de certains juifs selon laquelle, il y aurait deux Messies : un sacerdotal et un autre royal. Une autre croyance veut même que ces deux fonctions soient confondues en la même personne de Jésus. L’autre difficulté insurmontable réside dans le fait qu’à l’unanimité des évangiles, Joseph n’est pas le père biologique ou de sang de Jésus ou « selon la chair » comme le dit la Bible. La lignée davidique de Jésus selon la chair par la filiation du père est donc indéfendable vu qu’il n’en a pas, quoi qu’on puisse dire du statut de père adoptif ou légal de Joseph. Il n’en demeure pas moins qu’une lignée davidique établie de façon fiable par la filiation de la mère (Marie) aurait pu plaider en faveur d’une messianité de Jésus en phase avec les prophéties de la Bible hébraïque telle que interprétées par le judaïsme. Il se trouve que cette seule voie qui restait n’est soutenue par aucun évangile canonique. Ce mutisme des évangiles sur les parents de Marie pose un énorme problème pour une filiation qui est au cœur de postures différentes entre le judaïsme, la chrétienté et l’islam assorties de conséquences théologiques abyssales.

La thèse chrétienne majoritaire de la lignée davidique de Jésus peine à trouver des arguments convaincants et irréfutables comme en convient l’auteur de ces lignes : « Une première hypothèse, la plus simple, voudrait que Marie, épouse de Joseph, fût, elle aussi, d’ascendance davidique. En ce cas Jésus serait incontestablement « issu de la lignée de David selon la chair » (Rom 1,3). N’est-il pas assez probable que dans une civilisation où l’on se mariait volontiers entre personnes de la même tribu, voire du même clan, Joseph ait choisi pour épouse une fille de la même lignée davidique que lui ? « Choisis une femme du sang de tes pères, dit Tobie à son fils, ne prends pas une femme étrangère à la tribu de ton père » (Tb 4,12). Les évangiles apocryphes, le si vénérable Protévangile de Jacques notamment, affirment sans ambages que Marie est de la maison de David. Bède le Vénérable (+735) ne pense pas autrement et enseigne que Marie était de la maison de David aussi bien que Joseph « car aux termes de la Loi chacun devait prendre épouse dans sa tribu ou dans sa famille ». Mais cette hypothèse se heurte à une difficulté : si Marie est fille de David, pourquoi les évangiles canoniques ne le mentionnent-ils pas clairement ? Pourquoi se privent-ils d’un argument qui abonde dans leur sens ? Leur souci de souligner la messianité de Jésus et la conception virginale devait les amener tout naturellement à mettre en relief la filiation davidique de la Vierge. Comment dès lors comprendre le silence des évangiles sur ce sujet ? La loi du mariage endogame était-elle assez évidente pour qu’il n’y ait-point besoin de mentionner la tribu de l’épouse une fois citée celle du mari ? Ce n’est pas sûr. D’ailleurs nous lisons au livre de l’Exode qu’Aaron lui-même avait pris dans la tribu de Juda une épouse dont le prénom était précisément Élisabeth ! (Ex 6,23) Preuve que les mariages exogames étaient également possibles. Le mutisme des évangélistes jette donc un doute sur notre première hypothèse. C’est alors qu’il convient d’examiner la deuxième hypothèse. La Vierge ne serait pas de la maison royale de David (et donc de la tribu de Juda) mais plutôt de la tribu sacerdotale de Lévi. En effet Marie est la parente (Luc 1,36) d’Elisabeth qui est fille d’Aaron (Luc 1,5). Ne doit-on pas envisager alors que Marie est elle aussi de la tribu de Lévi, voire elle-même fille d’Aaron? Saint Ephrem (+373) n’hésitait pas à l’affirmer : « Les paroles de l’ange à Marie : « Élisabeth, ta parente », présentent Marie comme étant de la maison de Lévi » [1]. En ce cas Jésus lui-même serait d’ascendance sacerdotale par sa mère. Il unirait en sa personne les deux lignes de l’attente messianique : sacerdotale et royale. Il serait fils de David par Joseph et fils d’Aaron par sa mère. Il serait Roi et Prêtre tout à la fois. »  (http://www.mariedenazareth.com/qui-est-marie/les-ancetres-de-marie)

On ne peut ne pas mettre un bémol sur ces dernières lignes que nous avons soulignées pour dire que même si la lignée davidique de Marie était établie, elle ne pourrait se substituer à la lignée naturelle « selon la chair » qui passe nécessairement dans la tradition juive par le père. Ajoutons que c’est la volonté d’asseoir la messianité de Jésus qui est la motivation de cette laborieuse thèse chrétienne sur la lignée davidique, c’est-à-dire, établir que Jésus est bel et bien le Messie que les juifs attendaient. L’échec des tentatives d’ancrage artificiel de Jésus dans la lignée de David sera lourd de conséquence et expliquera une partie des divergences irréductibles entre le judaïsme et la chrétienté relativement à la personne et au statut messianique ou non de Jésus. En effet, comme le rapporte le Coran, certains juifs du temps de Jésus ont refusé sa naissance miraculeuse et virginale et ont calomnié sa mère alors que d’autres y ont cru : «  Sœur de Hârûn (Aaron), ton père n’était pas un homme de mal et ta mère n’était pas une prostituée. Elle fit alors un signe vers lui (le bébé). Ils dirent: Comment parleront nous à un bébé au berceau? » (Sourate 19 : 28-29) ;  « (Nous les avons maudits) pour avoir violé leur engagement, nié les signes d’Allah, assassiné sans droit des prophètes, et pour leurs propos: «Nos cœurs sont insensibles». En réalité, c’est Allah qui a scellé leurs cœurs en raison de leur incrédulité, car ils étaient de peu de foi. (Nous les avons maudits aussi) en raison de leur mécréance et de l’énorme calomnie qu’ils ont proférée contre Marie » (Coran, 4 : 155-156).

Il en découle que pour le judaïsme, Jésus ne peut être le Messie vu qu’il lui fait défaut au moins deux critères obligatoires : une naissance ordinaire (ni miraculeuse ni virginale) et une appartenance de chair à la lignée davidique de par son père. Nous avons suffisamment parlé des efforts laborieux et vains déployés dans la littérature chrétienne pour établir une lignée davidique à Jésus de par la filiation de Joseph.

Historiens et exégètes musulmans face à la filiation de Jésus

Certains exégètes du Coran et historiens musulmans parmi les plus célèbres sont tombés dans l’erreur en reproduisant une généalogie de Marie qui la fait appartenir à la lignée  davidique. A notre humble avis, cette erreur provient de ceci qu’ils n’ont pas été vigilants vis-à-vis des enjeux théologiques judéo-chrétiens liés aux listes généalogiques relatives à Marie qui circulaient à leur époque. Par conséquent, ils ont fait peu cas de la fiabilité des documents généalogiques écrits et traditions orales dont ils se sont appropriés. En effet, plus de 7 siècles après Jésus, à l’époque de la révélation du Coran et des premiers écrits d’historiens et exégètes musulmans, circulaient des listes qui portent la marque des enjeux susmentionnés. Comme nous l’avons déjà indiqué, il y avait besoin chez les auteurs chrétiens de mettre l’accent sur l’appartenance à la lignée davidique de Jésus aux fins de convaincre les juifs que ce dernier est bien le Messie annoncé dans les prophéties de la Bible hébraïque (ancien testament). Autant ces erreurs des exégètes musulmans ne sont pas imputables au Coran lui-même, autant les listes généalogiques divergentes de Luc et Matthieu ne sont le fruit de l’inspiration divine.

On peut alors supposer de façon raisonnable que les historiens et exégètes du Coran ont repris (ils ne pouvaient pas les inventer) des listes, sans en vérifier la fiabilité et la cohérence, qui établissent une lignée davidique à Marie. Dans ce cadre, ce n’est pas par hasard nous semble-t-il, que certaines listes de la généalogie de Marie mentionnées par ces historiens et exégètes s’arrêtent à David, signe que dans leur esprit, c’est la présence de ce dernier qui est significative. Il est d’ailleurs surprenant de savoir que le Coran confirme la naissance miraculeuse et virginale de Jésus et de voir que des exégètes et historiens musulmans trouvent important de s’approprier des listes généalogiques disposant que Marie est une « fille de David ». Par contre, ils ont été beaucoup plus rigoureux sur le rejet de toute filiation de Jésus passant par Joseph de l’évangile dont le Coran ne parle jamais. Il est possible que cette reprise des listes susmentionnées par les auteurs musulmans soit motivée par la volonté de montrer la noblesse de la lignée de Marie tout court, sans la mettre en rapport avec la messianité de Jésus. En effet, ils ne pouvaient ignorer que la lignée davidique de Jésus ne pouvait s’établir par la mère dans la tradition juive. Pour preuve, chez ces historiens et exégètes musulmans, la filiation de Marie passe par son père ‘Imrân (Amram). A l’opposé du judaïsme qui ne reconnait pas la naissance miraculeuse et virginale de Jésus et contrairement au mutisme des évangiles sur les parents de Marie, certaines listes citées par des exégètes et historiens musulmans mentionnent une lignée davidique de Marie par sa mère Anne via son père Amram jusqu’à la tribu royale de David et donc de Juda !

La Marie, fille d’Amram et sœur de Moïse et d’Aaron d’Egypte au temps de l’exode est très probablement l’homonyme de Marie mère de Jésus, plus de 10 siècles séparant les deux. Ce n’est certainement pas par hasard qu’Elisabeth a donné le nom de Marie à sa fille pour ces juifs qui gardaient jalousement leur généalogie pour des raisons religieuses. L’expression « Ô sœur de Hârûn (Aaron) » que le Coran rapporte des juifs contemporains de Marie peut encore trouver là une explication en ce qu’elle renvoie à la première Marie. Traduction : « Marie, toi qui est l’homonyme de Marie sœur d’Aaron, comment as-tu pu donner naissance à un enfant hors mariage ! »  On trouve chez les exégètes du Coran, une hypothèse qui veut que Marie mère de Jésus ait eu un frère du nom d’Aaron, ce que rien ne prouve. Ce n’est pas anodin de remarquer qu’une telle calomnie n’aurait pu sortir de la bouche de gens qui ne pouvaient ignorer, le cas échéant, que Marie avait un fiancé ou un époux. Dans la même veine, Amram père de Marie est l’homonyme du premier Amram d’Egypte quand on sait que le prophète Muhammad (PSLF) a dit : « Lors du voyage nocturne, je suis passé près de Moïse fils de ‘Imrân (Amram)… » (Muslim).

Ce que dit le verset précité sur Aaron, le hadith sur Amram père de Moïse, Luc sur Elisabeth « fille d’Aaron » et parente de Marie mère de Jésus, sur ceci que Jean a été appelé de ce nom alors que la tradition aurait voulu qu’il reçoive un nom de sa parenté et en l’occurrence de son père Zacharie, et sur ceci que Zacharie est « fils d’Aaron », donc ayant la légitimité selon la tradition religieuse et clanique pour exercer la fonction sacerdotale dans le temps de Jérusalem (c’est la lignée de David qui est dépositaire de la fonction royale), sont autant d’arguments solides qui indiquent que nous sommes en présence de la descendance d’Amram de l’Egypte de l’exode, père d’Aaron, de Moïse et de Marie. Et cet Amram est fils de Lévi qui est fils de Jacob qui est fils d’Isaac qui est fils d’Abraham. Il s’en suit que nous soutenons fortement que l’histoire que le Coran rapporte sur Amram (père de Marie et épouse d’Anne), Anne (mère de Marie), Marie (mère de Jésus), Zacharie (père de Jean et époux d’Elizabeth), Elizabeth mère de Jean et parente de Marie et Jésus fils de Marie est une histoire qui concerne le clan ou la tribu des Levis à travers une descendance au moins dix fois centenaire d’Aaron fils d’Amram fils de Lévi et pas celle du clan ou de la tribu de Juda, l’ancêtre de David.

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