La variante de la réincarnation sur laquelle se fonde la foi layène (partie 2) – Imam Ahmadou Makhtar Kanté


La variante de la réincarnation sur laquelle se fonde la foi layène 

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Pour la communauté layène, Limamou Laye, leur guide spirituel est le prophète Muhammad (saws) réincarné au sens déjà vu où Dieu a mis dans sa personne (celle de Limamou), l’âme de ce dernier (le prophète Muhammad – saws). En plus ou concomitamment à cette réincarnation, Limamou Laye est aussi le Mahdi attendu. C’est ainsi que la communauté layène conçoit un couplage inédit « le Prophète-Mahdi » dans une seule et même personne en flagrante contradiction avec la façon dont les personnes et les statuts de Prophète et de Mahdi sont enseignées en islam.  Selon la foi layène, 13 siècles après son rappel à Dieu, l’âme du prophète Muhammad (saws) s’est réincarnée ou a migré dans un autre corps, celui de Limamou Laye. A ce sujet, il est utile de rappeler les propos précités : « Dieu a mis en moi l’âme de Muhammad. Que la coloration noire de ma peau ne vous induise point en erreur. Ma peau blanche, d’hier, à La Mecque, a noirci aujourd’hui. Cela n’est point un prodige au-dessus de la puissance de Dieu. Il vous arrive vous-mêmes de teindre vos habits blancs en noirs »

Il ne fait pas de doute alors qu’au cœur de la foi layène se trouve une variante de la doctrine de la réincarnation ou de la transmigration de l’âme d’un corps humain vers un autre. Il faut bien noter la nuance, c’est pourquoi nous parlons de variante, entre la doctrine la plus connue de la réincarnation et celle à laquelle la communauté layène croit et s’attèle à promouvoir. En général, la doctrine de la réincarnation enseigne que l’âme quitte le corps du mort pour « migrer » vers un autre qui peut être un autre humain, un animal, un végétal, un minéral…Donc, ce cadre de pensée suppose que pour qu’il y ait réincarnation, il faut au moins deux corps et la mort physique de l’un pour que l’âme en sorte afin d’aller habiter un autre.

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Or, la communauté layène revendique et prône sa propre conception de la réincarnation qu’elle veut islamique. Elle croit et enseigne une réincarnation sur la base de l’existence d’un seul et même corps et de deux âmes, ou tout le moins au départ, de la même personne. En effet, il y a eu le prophète Muhammad (saws), fils d’Abdallah et d’Amina, qui a vécu entre la Mecque et Médine et rappelé à Dieu en 632. Puis, en 1883/1884, un homme de quarante ans, du nom de Limamou, né dans la presqu’île du Cap-Vert en Afrique de l’ouest, fils d’Alassane Thiaw et de Coumba Ndoye déclare, selon la citation susmentionnée, que Dieu a mis l’âme du prophète Muhammad (saws) en lui. Une autre nuance introduite par la foi layène est qu’à notre connaissance, elle croit à résurrection des corps et au jugement dernier avec son corolaire de Paradis et d’Enfer. On sait que pour les adeptes de la réincarnation, la migration de l’âme se fait d’un corps à un autre (jusqu’à la délivrance !) mais sans référence aux notions de résurrection, de damnation ou de salut telles qu’enseignées par la foi abrahamique.

Rien chez les théologiens et dans les références scripturaires de l’islam reconnues, ne permet de donner une estampille islamique à l’Appel de Yoff. En effet, la foi layène nous invite à croire qu’une personne, en l’occurrence leur guide religieux Limamou, est dépositaire de l’âme du prophète Muhammad (saws) du moins, à l’âge de quarante ans, sans qu’on sache quelle âme il avait avant. Ou bien, s’il a toujours eu cette âme de Muhammad en lui, alors à quoi renvoie l’expression « Dieu a mis en moi » Car cela suppose l’existence d’une personne du nom de Limamou qui reçoit l’âme d’une autre, dans ce cas, celle du prophète Muhammad (saws). Donc, est-ce qu’il y a eu un temps où Limamou étant une personne devant disposer d’une âme comme tout être humain n’en avait pas ou c’est à l’arrivée de l’âme du prophète Muhammad (saws) « en lui (Limamou) » que la sienne propre a laissé la place ?

En tout cas, un premier problème apparaît en ce que Limamou a été un moment de sa vie une personne différente de celle du prophète Muhammad (saws) puisqu’il dit : « Dieu a mis en moi l’âme de Muhammad » Il serait intéressant de savoir quel terme wolof traduit par âme, Limamou a utilisé. Donc, selon la foi layène, l’âme de Muhammad (saws) se retrouve dans la personne de Limamou dont le corps est finalement celui de Muhammad (saws) d’hier et de la Mecque : « Que la coloration noire de ma peau ne vous induise point en erreur. Ma peau blanche, d’hier, à La Mecque, a noirci aujourd’hui ».

On voit bien que la communauté layène introduit une nouvelle conception de la réincarnation. En effet, la pensée de la réincarnation à laquelle nous sommes habitués enseigne comme nous l’avons déjà dit, ceci : un (premier) corps meurt et son âme migre vers un autre qui est différent puisque celle-ci a quitté un mort. Par contre, dans la foi layène, les choses se passent comme suit : l’âme d’un mort va habiter non pas un autre corps mais le même revenu à la vie. Cela donne qu’après son rappel à Dieu, l’âme du prophète Muhammad (saws) va venir habiter son propre corps dont la couleur est devenue noire. D’ailleurs, à ce propos, on peut même se demander si c’est seulement la couleur du corps du prophète qui a changé. Qu’en est-il des autres caractéristiques physiques et morales du prophète Muhammad (saws) comparées à celles de Limamou et pourquoi pas aussi de ses goûts culinaires etc. ?

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Une telle croyance suppose une résurrection du corps du prophète Muhammad (saws) et la mutation de sa peau du blanc au noir. La foi layène soutient alors que son guide, Limamou Laye est le prophète Muhammad (saws) ressuscité ! Rien qu’en cela, la communauté layène adopte et promeut une croyance marginale si tant est-il qu’elle a jamais été prônée par des musulmans avant Limamou et intenable à la lumière de ce qui est connu dans les références scripturaires de l’islam comme dans les enseignements de ses diverses écoles de pensée. Cette croyance implique l’existence d’au moins deux vies en chair et en âme pour le prophète Muhammad (saws) : une première au 7e siècle à la Mecque et à Médine et une deuxième au 20e siècle à Yoff, en Afrique de l’ouest ! Elle implique aussi que le prophète Muhammad (saws) a eu deux pères et deux mères, d’abord Abdallah et Amina et 13 siècles après, Alassane et Coumba, diantre !

C’est soutenir l’insoutenable dans la théologie musulmane que de croire que Dieu a fait que l’âme du prophète Muhammad (saws) se retrouve dans une autre personne qui est bien entendu moins éminente que lui, et qui plus est, dont le corps (cette personne dépositaire de l’âme du prophète Muhammad – saws) est en réalité celui du prophète Muhammad (saws) lui-même ! Nous ne connaissons aucune école de pensée se réclamant de l’islam qui soutienne une telle croyance. Elle sape les fondements de la conception islamique de l’unicité du corps et de l’âme de chaque individu qui sera ainsi ressuscité au jour du jugement dernier. Si la communauté layène veut nous faire croire que le prophète Muhammad (saws) a eu une deuxième vie en chair et en âme incarné qu’il a été dans la personne de Limamou, on pourrait se dire pourquoi pas une autre vie et ainsi de suite chaque fois que quelqu’un prétendra en être une nouvelle réincarnation.

Aussi, il serait intéressant de savoir si pour la communauté layène, Limamou est la dernière réincarnation en chair et en âme du prophète Muhammad (saws). Voilà des considérations qui sont très éloignées et incompatibles avec ce qui est connu dans la théologie musulmane. Cette variante de la réincarnation à laquelle croit la communauté layène comporte maintes apories et contredit nettement des enseignements fondamentaux relevant du dogme de l’islam.  

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Nombreux et catégoriques sont les arguments qui heurtent de plein fouet la croyance layène relative à la réincarnation du prophète Muhammad (saws) en chair et en âme. En voici certains :

A notre connaissance, rien dans le Coran ou les hadiths ne fondent une croyance en la réincarnation et notamment sous la modalité que la communauté layène revendique et prône. Tous les oulémas nous diront qu’il n’est pas fondé en islam de se donner sa propre croyance sur des choses qui relèvent du monde caché « ‘âlamul ghayb » auquel la raison et nos autres modes de connaissance seuls ne nous permettent pas d’accéder. Dans ce domaine, il est demandé au musulman de seulement croire sur la base des données scripturaires (Coran et hadiths).

Ce sont des spéculations de ce genre sur ce qui relève de ce monde inaccessible à nos sens et à notre raison qui ont éloigné nombre de courants de pensée se réclamant de l’islam des références scripturaires jusqu’à l’hérésie ou l’adoption d’un islam compatible avec n’importe quelle pensée, idéologie ou religion.

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Le prophète Muhammad (saws) d’hier et de la Mecque nous a récité des versets indiquant que sa mission est parachevée et qu’il est le sceau des prophètes : « Aujourd’hui, j’ai parachevé votre religion, je vous ai comblé de Ma grâce tout entière et J’ai agréé l’islam pour vous comme religion » (Coran 5 : 3) ; « Muhammad n’est le père d’aucun homme parmi vous, mais il est le messager d’Allah et le Sceau des prophètes » (Coran 33 : 40).  Comme le font savoir les oulémas, c’est à condition d’être « nabiy » (prophète au sens de quelqu’un qui reçoit la révélation) que le concerné est « rasûl » (messager en charge de transmettre la révélation), alors si Muhammad (saws) est le sceau des prophètes, il est forcément le dernier messager.

Est-il possible d’envisager qu’après ce parachèvement et cette clôture du phénomène prophétique en des termes si clairs, le retour du sceau du prophète (saws) en chair et en âme et pour dire et faire quoi de neuf ? Et comment le prophète Muhammad (saws) qui a reçu le miracle le plus grand en un laps de temps d’environ 23 ans, montrant son statut de prophète va revenir avec ce même Coran pour dire c’est moi qui suis de retour ! D’autant plus que le prophète Muhammad (saws) d’hier et de la Mecque a dit : « Mon cas et celui des prophètes qui m’ont précédé est pareil au cas d’un homme qui a bâti une maison, l’a embellie et ornée, laissant vacante la place d’une brique. Les gens viennent tourner autour, s’en émerveillent et disent : Dommage, qu’il n’y ait pas la brique qui manque !  – eh bien, je suis cette brique ! Je suis le sceau des prophètes ! » (Boukahri et Mouslim), aussi : « Les fils d’Israël étaient gouvernés par des prophètes, chaque fois qu’un prophète mourrait un autre lui succédait mais il n’y a pas de prophète après moi, il y aura des califes et ils seront nombreux » (Boukhari et Mouslim) » Puis, il a laissé un testament sans équivoque : « Je vous ai laissé après moi deux choses, vous ne vous égarerez jamais [tant que vous vous y attacherez] : le Livre d’Allah et ma Sunna » (Al hâkim) ; « Je vous ai laissé deux choses d’une énorme importance: la première est le livre d’Allah, il s’y trouve la guidance et la lumière, accrochez-vous au Livre d’Allah et suivez-le » Puis il rajouta : « Et les gens de ma maison, par Allah, je vous rappelle les gens de ma maison, et il le répéta à trois reprises » (Moulim)

Peut-on penser que le prophète Muhammad (saws) d’hier et de la Mecque puisse donner autant d’informations sur les événements, les figures et les lieux concernés par la « fin des temps » en oubliant de nous dire le plus important de tout à savoir la résurrection de son corps avant le jugement dernier et la réincarnation de son âme dans une autre personne que ce soit Limamou ou un autre ?

Dès que l’on accepte la croyance en la réincarnation en chair et en âme et notamment du prophète Muhammad (saws), qui pourra nous dire quand cela s’arrêtera et comment reconnaître le vrai prophète Muhammad (saws) qui serait revenu ?

Le yéménite du nom de Musaylima qui s’était déclaré prophète a été qualifié d’imposteur « al kazzâb » et combattu à mort par les compagnons durant le Califat d’Abu Bakr, mais la communauté layène pourra nous dire qu’elle parle du prophète Muhammad (saws) revenu en chair et en âme et pas du tout d’une autre personne.

Tout nous est dit par le prophète Muhammad (saws) sur la « fin des temps », le Mahdi, le « Dajjâl » (faux Messie), le vrai Messie Jésus (paix sur lui) avec force détails, sauf qu’il sera lui-même de retour sous forme réincarnée avec toutes les implications y afférentes pour toute personne qui ne croirait pas que Limamou c’est lui.

Le prophète Muhammad (saws) reviendrai 13 siècles après son rappel à Dieu pour encore inviter les humains et les djinns à croire en lui après tout ce qui établit que sa mission a été intégralement accomplie et qu’il n’y aura après lui que des oulémas réformateurs et autres proches et bien-aimés de Dieu pour donner un enseignement correct de l’islam jusqu’à ce qu’advienne la « fin des temps », le Mahdi et Jésus « paix sur lui » ! Mais attention, entre temps, nous disent les hadiths, beaucoup de « dajjâl » (imposteurs) apparaîtront.

 

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