Une seule et même personne pour être le prophète Muhammad (saws) et le Mahdi (Partie 3) – Imam Ahmadou Makhtar Kanté


Une seule et même personne pour être le prophète Muhammad (saws) et le Mahdi   

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Un autre problème que pose la croyance layène réside dans l’association en la personne de Limamou Laye, du prophète Muhammad (saws) et du statut de Mahdi. A l’exception de la communauté layène, nous n’avons pas connaissance d’une école de pensée se réclamant de l’islam ou d’un ouléma respecté dans le monde musulman des premières générations à nos jours qui ait jamais soutenu une telle croyance. Certes, il existe des penseurs musulmans qui ont fait part de leurs doutes voire de leur rejet des données scripturaires sur le Mahdi, le « Dajjâl » (le faux Messie) et la seconde venue de Jésus (paix sur lui), mais cela n’a rien à voir avec la croyance layène selon laquelle Limamou Laye est la réincarnation en chair et en âme du prophète Muhammad (saws) et aussi le Mahdi attendu.

Ayant déjà parlé de la réincarnation selon la foi layène, examinons maintenant de près sur quoi se fonde la communauté layène pour croire que Limamou a été le Mahdi attendu ? Jusqu’à preuve du contraire, nous n’avons pas trouvé un texte où Limamou Laye s’attribue lui-même le statut de Mahdi. Voici ce qu’en dit le site officiel de ladite communauté : « Le nom prédestiné que son père lui donna (Limamou = AI imam = le guide) lui vint du marabout Toucouleur Mouhamadou Bâ dit Limamou d’Ouro-Mahdi (village du Fouta, région Nord du Sénégal) (Il s’appelait plus précisément Ahmadou Hamet Bâ). Il est le père de Ahmadou Cheikhou, héros de la guerre sainte, qui mourut au cours de la bataille de Samba Sadio, le 11 Février 1875). Selon certains témoignages parmi lesquels celui de Cheikh Abdoulaye Sylla, des Lébou, de la Presqu’île du Cap-Vert s’étaient rendus à Ouro-Mahdi, auprès de l’éminent Saint. Celui-ci aurait dit à ces visiteurs parmi lesquels se trouvait le père de Limamou : « le Mahdi attendu descendra parmi vous, son nom est Limamou, donnez ce nom aux garçons qui naîtront dans vos foyers… ». Finalement, sur quatorze garçons qui portèrent ce nom seul Limamou Thiaw vécut jusqu’à l’âge adulte ».

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On voit bien que c’est la parole de ce marabout qui sert de fondement et de « preuve » au supposé statut de Mahdi de Limamou Laye. Ce qui pose problème dans ces propos attribués à ce marabout, c’est que ce dernier ne semble pas faire la différence entre le qualificatif et le nom en tant que tel du Mahdi attendu. Le nom « al Mahdi » est le participe passif du verbe « hadâ » qui signifie : guider. D’où il vient que Mahdi est souvent assez bien traduit par l’expression « le bien-guidé » En effet, dans les hadiths, il est mentionné que le Mahdi est un descendant du prophète Muhammad (saws) donc une personne à part entière qui aura le qualificatif de Mahdi et dans certaines variantes, d’Imam, de Calife ou d’Emir. Donc, les termes Mahdi, Imam, Calife et Emir sont des qualificatifs ou des titres alors que le nom de la personne qui sera le Mahdi attendu est justement donné dans les hadiths comme par ailleurs certaines de ses caractéristiques physiques et morales. Il portera le même nom que celui du prophète Muhammad (saws) et son père sera aussi un homonyme du père de ce dernier. Ce qui donne pour le Mahdi, le nom de « Muhammad ibn ‘abdillah » !

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Voici quelques hadiths qui parlent du Mahdi attendu :

« S’il devait rester un seul jour sur terre, Allah le prolongerait afin de faire venir un homme issu de ma famille. Son nom ressemble au mien, et son père a le même nom que mon père. Il va répandre sur la terre l’équité et la justice comme y furent répandues l’iniquité et l’injustice. » (Abu Dawud)

« Le Mahdî sera de ma progéniture, l’un des descendants de Fâtima » (Abu Dawud)

« Le Mahdi est issu de nous : gens de la Maison [du Prophète]. Allah arrangera ses affaires au cours d’une nuit.» (Ahmed et Ibn Majah)

«Jésus fils de Marie descendra et leur Emir, le Mahdi, lui dira : viens diriger notre prière et Jésus répondra : non, parmi vous, les uns doivent servir d’imam aux autres, c’est un honneur qu’Allah a réservé à cette communauté» (Hârith ibn Abî Usâma dans son Musnad)

Selon la version de Mouslim : «Jésus descendra, et leur Emir lui dira : viens diriger notre prière, et il dira : non, parmi vous, les uns doivent servir d’imam aux autres, c’est un honneur qu’Allah a réservé à cette communauté»

 « Il y a parmi les membres de ma communauté un homme derrière lequel priera Jésus. » (Rapporté par Abou Nouaym dans Akhbar Al-Mahdi)

De ce qui précède, il découle que seule la communauté layène croit que la personne du prophète Muhammad (saws) et celle du Mahdi font une dans celle de Limamou Laye. Cette croyance établit une confusion entre le nom de la personne et le qualificatif ou le titre de Mahdi qui renvoie à son statut. C’est comme si on disait « l’imam Ali », « le Calife Abu Bakr », « l’Emir un tel » ou « le Mahdi un tel » et qu’on prenait les titres pour des noms de personnes. Donc, la communauté layène croit à la venue du Mahdi mais à sa façon si singulière et marginale, à savoir, que Limamou Laye qui est le prophète Muhammad (saws) réincarné en chair et âme, sera aussi le dépositaire du statut de Mahdi ! Voilà qui est inédit. Cette confusion vient encore confirmer que le crédo layène est intenable en l’état.

En outre, on ne voit nulle part dans les propos attribués au marabout cité dans cette affaire qu’un des enfants portant le « nom » de Limamou devrait aussi être le prophète Muhammad (saws) réincarné en chair et en âme dans sa personne. D’autant plus que c’est de façon imprévisible et brusque que le concerné se rendra compte de son statut comme le dit le hadith : « Dieu le réformera (yuslihu-hû) en une nuit » Les oulémas expliquent que c’est en cette mystérieuse nuit que Dieu va purifier et guider à sa fonction la personne qui sera dépositaire du statut de Mahdi. Il faudrait savoir de quelle voie soufie ou école de pensée se réclamait ce marabout pour se faire une idée de ce qu’il croyait à propos du Mahdi attendu à « la fin des temps ».

Pour mieux comprendre, il est nécessaire de rappeler qu’il n’y a pas d’allusion claire au terme de Mahdi dans le Coran. Cependant, il existe des hadiths suffisamment fiables selon les oulémas de cette matière pour croire qu’un des signes annonciateurs de l’Heure (la fin des temps) réside dans la brusque et imprévisible émergence d’un descendant du prophète Muhammad (paix sur lui). Selon les sources sunnites, il sera de la lignée de Fatima, fille du prophète Muhammad (saws) et première épouse de l’Imam Ali par la branche de leur premier fils Hassan, qu’Allah l’agrée. C’est dans les temps les plus durs de la Oumma confrontée à toute sorte de tribulations et épreuves que les musulmans de l’époque sauront qu’il est le Mahdi et lui feront allégeance. Mais il sera combattu par d’autres dont les identités ne sont pas établies de façon univoque.

Par définition, le Mahdi est un bien-guidé en ceci qu’il sera très bon connaisseur par la grâce de Dieu, du Coran et de la Sounna du prophète Muhammad (saws). Il enseignera comme réformateur la bonne compréhension de l’islam et sera un calife juste et exemplaire. Il aura aussi à diriger les confrontations avec les ennemis des musulmans et de l’islam de son époque. C’est lors d’une prière communautaire après le ré-appel (iqâmah) qui annonce son accomplissement que Jésus (paix sur lui) descendra du ciel pour rejoindre ce groupe. Après avoir demandé au Mahdi qui lui proposait de diriger la prière de le faire lui-même, Jésus (paix sur lui) va délivrer ce groupe de musulmans d’un siège très dur de la part de « al masîhud-dajjâl » (le faux Messie) et finir par tuer celui-ci aux alentours de Jérusalem.

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Les sources chiites imamites apportent deux principales différences : le Mahdi sera issu de la branche du deuxième fils de l’imam Ali, Hussein (qu’Allah l’agrée). Ce descendant de Hussein du nom de Muhammad Ibn Al-Hasan Al-Askarî n’est autre que le fils du 11e imam Hassan al-Askari. Né vers 879 du calendrier grégorien, il entra en « occultation mineure » dans une grotte, alors âgé de moins de 10 ans. Dans cet état, il communiquait en secret avec ses partisans. Puis il entra en « occultation majeure » durant laquelle plus personne ne pouvait le contacter. Il apparaîtra à la « fin des temps » pour accomplir les missions que Dieu a dévolues au Mahdi.

Grosso modo, voici ce qui ressort des données scripturaires musulmanes sur ce sujet : i) Le Mahdi est un descendant du prophète Muhammad (saws) du côté de sa fille Fatima ; ii) Le Mahdi sera l’Imam et le Calife des musulmans de cette époque de la « fin des temps » ; iii) Jésus (paix sur lui) reviendra du ciel, accomplira la prière derrière lui et délivrera le Mahdi et les musulmans avec lui du siège mis en place par le « Dajjâl » et ses troupes ; iv) le Mahdi sera un moment donné du côté de Jérusalem et aussi de l’ancienne Constantinople (actuelle ville d’Istanbul).

Tout le monde voit que face à ces critères qui déclinés en figures, lieux et événements issus des données scripturaires connues et discutées par les oulémas, la communauté layène peinera à justifier en quoi son Mahdi à elle y trouve sa place. A titre d’illustration, dans la théorie layène du Mahdi, où sont Jérusalem et l’ancienne Constantinople ? Où est la figure du « Dajjâl », etc. ? D’autant plus qu’aussi bien chez les sunnites que les chiites, les prétendants au statut de « Mahdi attendu » n’ont pas manqué comme ce fut les cas de deux des plus célèbres d’entre eux : Ubaydullah Ibn Maymun (m. 934), fondateur de la dynastie chiite des Fatimides et Muhammad Ibn Tumart (m.1130), fondateur de la dynastie des Almohades au Maghreb.

Dans la littérature et la tradition orale layènes, il est fait état de ceci que Jésus (paix sur lui) sera présent à côté du Mahdi conformément à ce qui est dit dans les hadiths. Toutefois, la communauté layène omet ou oublie de noter ceci : dans les hadiths, rien n’établit que Jésus (paix sur lui) sera contemporain du prophète Muhammad (saws) réincarné en chair et en âme dans la personne de Limamou ou d’un autre. Tout esprit vigilant note bien une démarche qui consiste à sélectionner parmi les données scripturaires relatives au Mahdi, ce qui pourrait conforter la théorie layène du Mahdi. Il faudra bien séparer la bonne graine de l’ivraie et peut-être que, plaise à Allah, ces lignes modestes y contribueront.

Mais l’affaire se complique quand la communauté Layène nous dit que Limamou en qui se trouvent réunies les personnes et statuts du prophète Muhammad (saws) et du Mahdi est le père biologique de Jésus (paix sur lui). Il s’agit maintenant d’examiner ce que la communauté layène nous dit de la figure de Jésus (paix sur lui).

(À suivre)

 

 

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